Penser la technologie

Numéro 48: 15/12/2023

La semaine dernière, nous avons évoqué la manière dont nous soulageons notre mémoire en externalisant nos connaissances dans des supports qui nous permettent de la stocker et de la retrouver quand nous en avons besoin.

L’écriture a joué ce rôle. Le livre également. C’est le cas de nos ordinateurs bien sûr, lesquels sont de plus en plus petits et toujours connectés. Ils nous donnent un accès quasi illimité et instantané à la connaissance ou pour être plus précis à l’information, mais c’est là un autre sujet. Un de plus.

Aujourd’hui, je voudrais évoquer avec vous un point qui me semble fondamental et qui se trouve être non le stockage de la pensée mais sa production.

Le célèbre penseur de Rodin représente l’homme seul, dont la nudité symbolise la pensée jaillissante dans toute sa pureté. Or le médiologue Daniel Bougnoux nous explique que pour penser, pour traiter les informations, les structurer, les développer ou les acheminer, nous avons besoin d’outils. Nous avons besoin de la technologie, que celle-ci prenne la forme d’un crayon ou d’un ordinateur, et que sans ces outils, nous ne pensons pas. Concentré sur lui-même sans le secours d’aucun livre, clavier ou écran, l’homme seul ne pense pas. Et Bougnoux de préciser : « Nous n’aimons guère, et jusqu’à un certain point nous ne savons pas penser clairement les prothèses techniques et les moyens (les médias) par lesquels nous pensons. Sapiens oublie et rejette faber, alors qu’ils se partagent le même corps. »

Je crois, d’une part, qu’il est très important que nos élèves réconcilient sapiens et faber. J’ai la conviction, d’autre part, qu’il importe qu’ils comprennent que nous produisons des outils qui nous façonnent en retour. Les médiologues aiment à donner cet exemple des effets culturels (schisme protestant, esprit de libre examen, essor du rationalisme, philosophie des Lumières) d’une invention technique (l’imprimerie).

Je suis impatient de voir quels seront les effets de l’apprentissage machine, des réseaux de neurones et de l’intelligence artificielle ainsi que leurs impacts sur l’éducation. Il va sans dire qu’on ne peut pas bannir l’IA et qu’il faut apprendre aux élèves à l’utiliser.

Yann Houry
Director of Educational Technology and Innovation

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